Lagos

By stephaniemartel

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Notre ruée vers le sud dure neuf heures. La pluie bat nos fenêtres alors que nous observons d’un œil ému les troupeaux de chèvres, les oliviers et les éoliennes de Beja. Le gris du ciel rend bien le contraste du paysage bouleversant.

En récompense de notre épreuve, un rayon de soleil éclaire tout à coup l’écriteau de bienvenue de la ville de Lagos. La pluie ne s’est pas arrêtée pour autant. En Algarve (le nom de la province date de l’époque maure et signifierait en arabe, selon les rumeurs, “là où le soleil se couche”), il fait toujours soleil, même quand il pleut. À gauche, un arc-en-ciel éclatant. Comme quoi il y a un temps pour les clichés.

Lagos est une petite bourgade pittoresque entourée de remparts dont les rues sont à l’image de celles de toute ville portugaise, à la différence que les minuscules et innombrables pierres qui les pavent forment des motifs noirs et blancs, résultats d’un travail de moine, où se dessinent l’ombre des palmiers. Chaque jour, à la marina, les pêcheurs rapportent leurs prises. Leur appât? De l’encre de poulpe! Ils pêchent parfois jusqu’au soir, à la lumière du phare ou du haut des falaises. Aujourd’hui ils vendent des huîtres, selon les dires d’Antonin, un jeune expatrié montréalais aux longs dreadlocks qui passe ses journées sur la plage à jouer avec un grand chien noir qu’il a baptisé « Surf Master », à regarder des films de Fellini loués à la Maison culturelle, à grimper les falaises pour épater la galerie et à proposer aux demoiselles qu’il croise sur son chemin de leur faire de la soupe aux betteraves. Si jamais vous le rencontrez, évitez de lui parler de l’indépendance du Kosovo.

Hors des murs de la ville, la lune éclaire les falaises que nous partons explorer le lendemain.

Heureusement que la pluie a eu le temps de sécher parce que les glissements de terrain sont fréquents et les canyons plutôt profonds. Nous clopinons à travers les cactus jusqu’à des points de vue à couper le souffle sur la mer. Il fait un temps magnifique.

Lagos est le paradis des surfeurs en Europe de l’Ouest. Et partout où il y a du surf, il y a évidemment des Australiens. On en découvre une bonne dizaine qui s’y sont arrêtés le temps d’un été et n’en sont jamais repartis. Influençables, nous passons donc une bonne partie du séjour à nous appeler « mate » entre nous, juste pour le plaisir.

C’est tout de même un Portugais, Francisco, un géant aux lunettes d’aviateur, fan des RHCP, qui nous mène en camionnette à travers les montagnes jusqu’à la plage d’Arrifana, un secret bien gardé des surfeurs locaux. Lorsque je lui demande sur la route si l’hiver de Lagos est quand même bien pour le surf, il me répond avec enthousiasme que la basse saison est sa préférée : il n’y a pas de touristes, les vagues sont meilleures et avec un wet-suit, aucun risque d’hypothermie.

Suivant les cris d’encouragement de Francisco, debout sur une vague, j’ai le temps de penser que je suis le roi du monde avant de m’écrouler dans l’eau dans un fracas pas possible. Crachant l’eau salée qui me râpe la gorge, les cheveux collés dans la figure, probablement accompagnés de quelques algues, j’émerge pendant que mon surf se sauve en tirant sur sa laisse après m’avoir tabassé le coude que je masse en grognant. Éternel optimiste, Francisco gueule avec un grand sourire: « Nice style! You’re becoming one with the wave! ». La wave en question me donne des gifles pendant que je peine à le rejoindre. Ce qui est une épreuve pour moi est d’une facilité désarmante pour lui, qui doit bien faire 6 pieds mille. J’ai envie de lui tirer la langue mais à ma grande surprise il a l’air sérieux quand il me sort sa théorie de « l’élue » (« You know, like Matrix! ») et j’éclate de rire. N’empêche qu’après trois heures de combat acharné contre les vagues, le corps ne suit plus et « l’élue » a le goût d’une bière. Que voulez-vous…

Le Three Monkey’s, sa collection de disques impressionnante et son barman belge, un surfeur (duh!) du nom de Jimmy, nous apporte tout le réconfort nécessaire après cette longue journée. Un petit coup pour la route, nous partons de nuit pour Lisbonne, suivant ce que nous croyions être une idée de génie…de qui encore? On a préféré l’oublier.

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