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Istanbul

mai 6, 2008

Le premier jour, je me suis demandé si c’était ma perception de l’exotisme qui était responsable du fait que je trouve les mosquées plus élégantes que les églises.

Le deuxième jour, je me suis rendue compte que je trouvais les mosquées plus élégantes que les pagodes. Vu mon léger et subtil (NOT!) penchant pour l’Extrême-Orient, vous comprendrez qu’il ne faut pas prendre à la légère de tels propos.

L’appel de la prière à 5 heures du matin tous les jours ne m’a pas réveillé une seule fois en carrière. J’ai donc également réalisé bien vite que je ferais une bien piètre musulmane. Le reste du temps, il nous donnait presque envie de participer. Nous avons presque toujours réussi à nous retenir.

La Mosquée bleue, sans surprises, est celle qui a le plus retenu l’attention de l’objectif de ma caméra, à tel point que mes compagnes se sont moquées de cette manie pendant la quasi-totalité de notre séjour, et on les comprend. C’est d’ailleurs à 21:07:03 qu’elle pose à son meilleur, juste à la sortie de la dernière prière de la journée, à laquelle nous avons assisté voilées, assises sur la moquette confortable (qui rend la mosquée bien plus chaleureuse que ses équivalentes) et adossées à une grande colonne de pierre. Vers la Mecque -où il ne faut pas pointer vos pieds nus-, les femmes prient dans une enceinte derrière nous; les hommes devant. Un professeur malais nous plaide qu’il ne s’agit en rien de discrimination, mais d’éviter la distraction sexuelle pendant la prière. Il a omis de nous expliquer pourquoi elles étaient recluses aussi loin derrière. Après nous avoir donné quantité de dépliants propagandistes pour nous « expliquer le statut de la femme selon l’Islam » (en fait, pour démontrer par une rhétorique boiteuse que les autres religions du Livre sont bien plus discriminatoires envers la femme que la religion musulmane), il nous a affublé du titre d’ « Ambassadrices du Canada ». Nous avons bien essayé de lui expliquer que comme nous étions à Istanbul, dans une mosquée et voilées jusqu’aux coudes, nous ne représentions pas tout à fait l’archétype du Canadien anti-musulman, mais il n’a pas compris. Reste qu’il était réceptif à nos commentaires, complètement ouvert à nos questions trop peu nombreuses et somme toute bien sympathique. Ainsi nous en avons tiré beaucoup d’informations intéressantes. Pendant qu’il allait chercher son Coran, une bande de jeunes turcs (notez l’emploi de minuscules pour éviter la confusion avec le mouvement historique) en ont profité pour venir nous inviter à prendre un thé -draguer dans une Mosquée, par Allah, mais où va donc la jeunesse, je vous le demande?-. Désolées les gars, en fait, nous, on est venues pour la prière.

Les tulipes d’Istanbul sont bien plus raffinées que celles d’Ottawa. Celles du Parc Gülhane, à l’entrée du Palais de Topkapi, sont particulièrement nombreuses, et impressionnantes. Au milieu trône la fière statue de leur Atatürk national. Je me rappelle avec inquiétude que le Lèse-majesté est passible d’un long séjour en prison (turque, rappellons-le), et surveille Marie-Josée du coin de l’oeil, prête à l’immobiliser au moindre signe d’un accès d’humour de mauvais goût. Au Palais même, le coutelas de Topkapi serti d’émeraudes énormes et un diamant de 86 carats trouvé, selon la petite histoire, par un mendiant dans une décharge, nous laissent coites. Et puis voulez-vous bien me dire ce que c’est que cette idée d’incruster une vingtaine de saphirs sur une cote de maille, vêtement qui on s’en souviendra se porte SOUS l’armure? Paraît que c’est la faute aux Indiens…

Le harem est probablement la partie la plus impressionnante du palais. Labyrinthique, il est décoré de céramique de tous bords tous côtés. Il ne s’agissait pas tout à fait d’un lieu de débauche sultanesque, comme le veut la croyance populaire, mais plutôt des appartements privés de la famille impériale, et fonctionnait sous la gouverne de la Sultane Validé, mère du Sultan en poste. Les femmes du harem devaient être étrangères et païennes, l’islam interdisant l’asservissement des Musulmans autant que des Chrétiens ou des Juifs. Elles commençaient comme servantes de bas rang, avant d’évoluer vers le statut de concubines, puis éventuellement de sultanes, dépendamment de leur mérite.

Haghia Sofia, Aya Sofia ou Sainte-Sophie pour les profanes, fut d’abord une église, mais devint par la suite une mosquée. Aujourd’hui c’est un musée. En effet, église constantine d’abord, elle fut convertie en mosquée, dès la prise de Constantinople par les Ottomans, par Mehmet le Conquérant qui, bouche bée devant la beauté de la cathédrale, ordonna immédiatement à ses sbires de stopper la destruction des mosaïques. Ils ont pourtant bien finis par se rendre compte qu’un « patchage » de panneaux de bois peints de symboles islamiques et le rajout des minarets ne suffisaient pas. Les Ottomans restèrent si impressionnés par la grande coupole qu’ils en intégrèrent des répliques à leurs mosquées. Le plus grand panneau a pour voisine la Vierge Marie! Il y avait comme un malaise… qui ne venait pas du tout d’un sentiment d’usurpation, on est bien d’accord. Shelsea souleva l’hypothèse intéressante de l’intention de la construction. S’ensuivit une grande discussion…

Petite leçon de géographie: Je précise que mes compagnes de voyage n’y avait toujours rien compris à leur retour en France. Istanbul est divisée en deux rives, européenne et asiatique. La rive européenne constitue le centre des activités de la ville et sa voisine d’en face, de l’autre côté de la Mer de Marmara, regroupe les grandes banlieues. La rive européenne est elle-même divisée en deux parties, séparées par le pont de Galata, où les pêcheurs harcèlent les poissons du Bosphore sans interruption.

La première, c’est principalement Sultanahmet: les grands monuments, le quartier touristique et les bazars, en plus de notre pension avec vue sur les dauphins de la Mer de Marmara, joliment baptisée la Tulipe, propriété d’un jeune turc du nom de Mehtin et de son chat Pamuk, avec qui nous partageons notre confortable petit dortoir. Beyoğlu, en face, c’est le quartier de la bohème stambouliote. Un peu plus loin à droite, à partir du pont: Karaköy, Kabataş et Ortaköy, entre autres. En grimpant la pente ardue vers la Tour de Galata, vous croiserez une vingtaine de boutiques d’instruments de musique. En débouchant sur Istiklal Caddesi, vous pourrez vous accrocher au petit tramway qui longe la rue jusqu’à la place Taksim. Nevizade Sokak, juste derrière la place, regroupe la majorité des tavernes turques (meyhane), dont les terrasses sont toujours pleines -puisqu’à Istanbul il fait toujours soleil.

Extraits tiré d’une rencontre à Nevizade Sokak:

Le Turk: « Oh, you guys are Canadians: you have a lot of Turks in Canada, especially in Montreal ».

Le French: « Really? »

Le English: « Yessssss, they’re called Armenians ».

Le French: « Oooohhhhhh ».

Le Turk: « You probably heard of the Armenian genocide? »

Le French and Le English (remplis d’espoir): « Yes of course! »

Le Turk» « That’s bull shit!!! We, Turks, are not Barbers! »

Le English: « Barbers???!  Eum, I guess you’re not… »

Le French: « I think what he means is « Barbarians »… »

Le English: « Ooooohhhhh! No, no, of course you’re not. »

Le Turk: « I liiiiike you girls…. »

Le English (to le French): « Wow, you guys are way better than me when trying to understand clumsy english! ».

Le French: « Is that a compliment? »

 

Notre périple dans les Bazars nous montre la drague turque à son meilleur.

Mes coups de coeur:

·         « Hey Spice Girls! I sell spices here for you ».

·         « Where are you from? Paradise? »

·         « Hi, I’m single, please have a look at my shop ».

·         « Sciouse me, want carrrpet? »

Il faut tout de même rendre son du à notre blonde de Shelsea, célèbre à travers le ville, qui attirait tellement les regards qu’il n’en restait plus pour nous (quel dommage!). Vous avez sûrement remarqué que la plupart du temps, dans notre pays, lorsqu’un garçon s’approche d’un groupe de filles, il se présente à chacune d’entre elles même si en fait, il compte n’en viser qu’une seule? Eh bien les Turcs ont appris à optimiser, et ignorèrent sans scrupules les brunes communes que nous sommes pour mieux se consacrer à celle qu’ils appellent « Shasha », qui a des « cheveux de miel » et les yeux « plus bleus que la Mer de Marmara », susurrant tout cela en lui soufflant de la fumée de nargile dans le visage avec des yeux de tombeur quétaine. Notre compagne de dortoir, une Néo-zélandaise, aux cheveux platines elle aussi, a trouvé la solution à ce harcèlement constant bien que bénin et amusant. Maintenant, en sortant de la Tulipe, elle se voile, provoquant ainsi l’incrédulité la plus coite. Les Turcs ne prennent plus de chances avec elle: bien que bizarre et visiblement étrangère, elle pourrait toujours être Musulmane.

Il y a d’abord le Grand Bazar, Kapali Çarşi, juste à côté de l’Université d’Istanbul. Les marchands de tapis sont les plus insistants, alors que franchement, on a pas vraiment une tête à :

1. avoir de l’argent.

2. avoir l’envie de traîner tant bien que mal un tapis jusqu’en France, accroché à notre sac à dos.

Sinon, il y a encore les breloques, les pashminas, les faux-tout, les lampes, les pipes à eau et les ensembles de thé. Les dédales vous feront vous perdre 100 fois, mais comme les petites rues sont divisées en spécialités, vous vous y ferez vite et apprendrez à reconnaître les visages des marchands et leurs façons distinctes de rameuter la clientèle.

Le marchandage d’une bague en ambre « véritable » finalement payée 3 euros parce que le jeune vendeur boutonneux n’a pas pu ravaler son fou rire devant la façon dont nous avons mis en doute l’authenticité de la pierre -« I know it’s a fake, you know it as well, don’t waste my time here and just give it to me, all right? »- reste un bon souvenir. Nous espérons que son patron, témoin de la scène, n’aura pas été trop sévère.

Une âpre lutte autour d’un t-shirt de Shabani Nonda, joueur étoile de Galatasaray, m’opposant à un énorme vendeur aussi intimidant que poilu, est elle aussi mémorable. J’ai réussi mon coup par hasard, parce qu’à force d’insister sur un montant, j’ai laissé le temps au collègue de mon viril adversaire de revenir avec le dîner. Pointant du doigt le plat dont émanait un agréable fumet qui menaçait de vite se faner, il finit par éclater de rire et répondit «You win, you stubborrrn little miss! » sur un ton mi-exaspéré mi-amusé.

Une fois plongées dans le pendant comestible du Grand Bazar, profondément enclavé dans Eminönü, nous sommes toutes étourdies. Le marché des épices regorge d’odeurs enivrantes de safran iranien, de thé à la pomme et de lokum, que se disputent les matrones stambouliotes. Les étals regorgent, débordent de trésors. Au plafond sont accrochés à l’aide de chaînes des pyramides de champignons, d’éponges de mers, d’algues et de piments entrain de sécher. En sortant, nous nous laissons tant bien que mal porter par les vagues de la foule, évitant de justesse les porteurs de plateaux de thé brûlant et les charrettes dévalant la pente hors de contrôle, pour finalement émerger du tumulte et se reposer au beau milieu de l’entrée de la Mosquée Rüstem Paşa, que nous n’avions pas remarquée avant de nous faire gentiment rappeler à l’ordre par un vendeur de kebabs.

Vous ne verrez pas souvent dans le monde un quartier où on peut retrouver, dans un périmètre de deux coins de rue par trois, une mosquée, une église orthodoxe et une synagogue. Ortaköy a attisé notre curiosité seulement par son synopsis. Nous étions un peu déçues en nous rendant compte qu’à côté de l’imposante mosquée d’Ortaköy, la minuscule église et la triste synagogue, toutes deux grillagées et barricadées, étaient finalement d’un pathétisme pitoyable, que nous attribuons à un manque de clientèle. Tout de même, ce quartier en bordure du Bosphore reste charmant. Les cafés de nargile y font légion, et les locaux, après avoir savouré leurs kumpir (pommes de terres énormes, farcies de yogourt amer, de semoule, d’olives, de piments et d’un paquet d’autres ingrédients délicieux) sur le pouce, s’y attablent pour boire leur thé et admirer la vue sur le fleuve. À proximité, le Parc de Yildiz, havre de paix et de forêt dense au-dessus de la trépidante Istanbul, fait la joie des pique-niqueurs.

Une petite balade en ferry au départ de Kabataş nous mène à la rive asiatique et à la jolie banlieue d’Üsküdar pour un magnifique panorama de la Tour de la Vierge, la rive européenne et un coucher de soleil à couper le souffle. Assises sur des coussins judicieusement installés dans les marches du port, nous sirotons notre thé en mangeant un kumpir attrapé au vol, satisfaites.

La citerne-basilique, construite en 532, date donc de l’époque byzantine. On oublia son existence même avant la conquête musulmane, et elle fut retrouvée par un archéologue qui trouva à juste titre étrange que, miraculeusement, les citadins puisent de l’eau claire en descendant des sceaux à travers leurs caves. Un petit escalier nous mène donc sous terre, où une lumière rougeâtre éclaire faiblement le plafond de la citerne, soutenu par des colonnes gravées. De petites passerelles en bois martelées par les gouttes qui s’écoulent d’en haut nous soutiennent au-dessus des 80 000 mètres cube d’eau que la citerne contient, dans laquelle deux têtes de Méduse en pierre sont toujours plongées, et dont la seule compagnie consiste en une vingtaine de carpes ectoplasmiques.

Le hammam Cağaloğlu mérite bien sa page dans le best seller « 1000 places to see before you die », de Patricia Schultz. Nous y entrons inquiètes d’y trouver une foule insupportablement touristique, mais y découvrons avec un grand bonheur que nous y sommes seules, Marie-Josée et moi, Shelsea ayant choisit d’aller admirer les pétroliers sur la Mer de Marmara, en fidèle Albertaine. En sortant de notre cabine, vêtues de nos serviettes rêches, nous enfilons maladroitement les sandales de bois qui nous empêcheront de glisser sur le marbre de la salle des bains. Une des masseuses nous y mènent, et nous laissent seules sous le grand dôme. Nous choisissons l’une des fontaines et nous armons de bols en fer pour nous rincer de la sueur de la journée. Au centre, nous nous allongeons sur le sol de marbre, la tête posée sur un coussin, et fixons les gouttes tombant du plafond qui nous renvoient l’écho profond de ce monument d’une autre ère, hors du temps. Pas un seul instant, un anachronisme traître n’est venu pour nous extraire de notre fantasme de vie sultanesque.

La petite masseuse revint au bout d’un long moment, accompagnée de son mentor, une fière dame plus large que haute et à la voix rocailleuse, qui m’ordonna dans un anglais expéditif et sur un ton bourru de m’allonger dans une position précise, et se mit à me masser vigoureusement, de fond en comble. Je pourrais très sérieusement estimer à une dizaine de centimètres carrés la quantité de ma peau qu’elle n’a pas violemment pétrie de ses mains d’experte, pendant qu’elle sermonnait en un turc encore plus autoritaire que son anglais la petite laveuse, qui s’occupait de Marie-Josée en rigolant. Mon attachante mégère me poussa ensuite à la fontaine, vers laquelle je claudiquai à l’aide de mes muscles avachis afin de me rincer, avant de me redonner l’ordre de me coucher sur le dos pour qu’elle puisse commencer la phase exfoliante. En regardant mon bras droit pendant qu’elle le moulinait, je me dis qu’il était bien bizarre que sa petite débarbouillette de coton perde autant de filaments, avant de me rendre compte qu’il s’agissait de ma mue, qui cédait place à une peau toute douce, neuve et propre comme jamais. Elle me ramena vers la fontaine, me calla confortablement entre ses jambes massives pour me laver et, finalement me lisser les cheveux avec son peigne en ivoire. Un petit tour dans le bain de vapeur, et nous repartions vers notre cabine nous écrouler de satisfaction sur les lits qui nous y attendaient. Le retour au brouhaha de la cité stambouliote n’ébranla pas notre état de grâce avant un long moment et nous marchâmes vers la Tulipe un sourire béat aux lèvres, parfaitement détendues, avant de commencer à refaire notre sac pour prendre l’avion à l’aube.

Avignon

mai 3, 2008

Sur le pont d’Avignon, on y dansEUH, on y dansEUH!

Vous saviez que même Mylène Farmer en a fait une version? Vous auriez aussi du entendre l’originale, c’est-à-dire version chant grégorien: rien à voir. Celle-ci est beaucoup plus gaie. Le pont bloque au milieu du Rhône par contre, un surplus d’inondations historiques oblige. Son nom moins connu des gens hors d’Avignon est le Pont Saint-Bénézet, en l’honneur d’un illuminé à qui Dieu aurait confié la mission de construire un pont sur le Rhône et qui aurait, par un sursaut inespéré d’adrénaline et afin de convaincre les habitants d’appuyer son projet farfelu, réussi l’exploit de soulever une énorme pierre de lui-même (“et avec l’aide des anges”) et de commencer ainsi la construction un peu hâtivement. Reste que comme il s’agissait d’un bien gentil garçon, paraît-il, la petite chapelle aménagée sous le pont pour accueillir sa tombe est probablement bien méritée, laissons-lui au moins cela.

Au Palais des Papes, il ne reste du faste clérical légendaire que de grands murs de pierre vides et quelques vestiges de céramique cassée. Cette forteresse aussi gigantesque que lugubre est pourtant extrêmement intéressante à visiter puisqu’elle nous pousse à imaginer que toute cette pierre fut jadis recouverte de toiles brodées, de céramique multicolore et de tableaux payés au prix fort. Après avoir fini de dépenser l’argent des collectes en meubles de marbre et autres trésors, chacun des Papes a également financé son lot de croisades intestines, avant que finalement, leur dernier représentant ne se fasse détrôner et virer à grands coups de pied dans son noble et sacré derrière.

Coimbra

mai 3, 2008

Victime d’une négligence infâme de la part de votre serviteur (qui renie aujourd’hui sa féminité pour des raisons de paresse grammaticale scandaleuse), la jolie petite bourgade de Coimbra est un coup de cœur portugais. Portugais oui, je suis en retard, disais-je. Non, il ne s’agit pas d’un coup de cœur opportuniste, qui justifierait par exemple le fait que j’aie insisté 23 fois plutôt qu’une pour que nous y passions, m’injectant par la même occasion une pression monumentale. C’est aussi parce qu’elle est la capitale du fado, ce blues portugais aux accents tragiques et délicieux, qui élève le masochisme au rang de dogme dans les tripes de celui qui l’écoute.

C’est dans une ancienne chapelle, minuscule et isolée, rebaptisée en salle de concert sans que son décor sobre n’ait été retouché autrement que par l’installation d’une douzaine de tables en bois et de quelques manigances d’éclairage, que nous assistons à notre premier concert de fado. Deux musiciens lancent une mélopée mélancolique pendant que le chanteur ajuste sa sombre tenue traditionnelle. Le reste de la soirée vibre au son poignant d’une voix profonde. Notre émotion entretenue par le porto nous porte jusqu’à une grande discussion avec le nouveau gérant de l’établissement, un Britannique énergique et verbo-moteur qui monopolise la critique.

La vieille Université est le symbole de la ville. Première université portugaise et une des plus vieilles d’Europe; son architecture fait penser à un temple de l’antiquité. On ne lésinait pas sur le marbre à l’époque, c’est moi qui vous le dit.

 

Notre principale activité constitua comme à l’habitude à traîner dans les rues. C’est ainsi que nos pas nous menèrent vers ce café, qui est en fait une église (vers cette église, qui est en fait un café). Le confessionnal ayant été logiquement réaménagé en toilettes, nous nous y plaisons bien. Apothéose : le serveur sexagénaire à qui je faisais les yeux doux depuis un moment nous apporte la note en nous montrant un dessin de nos trois divins profils qu’il s’amusait à gribouiller pour passer le temps. Bizarrement, c’est à ses modèles qu’il demanda de signer son œuvre.