Victime d’une négligence infâme de la part de votre serviteur (qui renie aujourd’hui sa féminité pour des raisons de paresse grammaticale scandaleuse), la jolie petite bourgade de Coimbra est un coup de cœur portugais. Portugais oui, je suis en retard, disais-je. Non, il ne s’agit pas d’un coup de cœur opportuniste, qui justifierait par exemple le fait que j’aie insisté 23 fois plutôt qu’une pour que nous y passions, m’injectant par la même occasion une pression monumentale. C’est aussi parce qu’elle est la capitale du fado, ce blues portugais aux accents tragiques et délicieux, qui élève le masochisme au rang de dogme dans les tripes de celui qui l’écoute.
C’est dans une ancienne chapelle, minuscule et isolée, rebaptisée en salle de concert sans que son décor sobre n’ait été retouché autrement que par l’installation d’une douzaine de tables en bois et de quelques manigances d’éclairage, que nous assistons à notre premier concert de fado. Deux musiciens lancent une mélopée mélancolique pendant que le chanteur ajuste sa sombre tenue traditionnelle. Le reste de la soirée vibre au son poignant d’une voix profonde. Notre émotion entretenue par le porto nous porte jusqu’à une grande discussion avec le nouveau gérant de l’établissement, un Britannique énergique et verbo-moteur qui monopolise la critique.
La vieille Université est le symbole de la ville. Première université portugaise et une des plus vieilles d’Europe; son architecture fait penser à un temple de l’antiquité. On ne lésinait pas sur le marbre à l’époque, c’est moi qui vous le dit.
Notre principale activité constitua comme à l’habitude à traîner dans les rues. C’est ainsi que nos pas nous menèrent vers ce café, qui est en fait une église (vers cette église, qui est en fait un café). Le confessionnal ayant été logiquement réaménagé en toilettes, nous nous y plaisons bien. Apothéose : le serveur sexagénaire à qui je faisais les yeux doux depuis un moment nous apporte la note en nous montrant un dessin de nos trois divins profils qu’il s’amusait à gribouiller pour passer le temps. Bizarrement, c’est à ses modèles qu’il demanda de signer son œuvre.

