Hambourg

By stephaniemartel

J’avais dit que je reviendrais sur la perte de ma carte bancaire: c’est en débarquant dans l’Altona que j’ai pris conscience de l’affaire. Malheureusement mon séjour à Hambourg ne durait que deux jours et je n’ai pas pu apprécier la ville avec la légèreté habituelle. Arrivée en plein festival Harley Davidson, perdue dans le Red Lite entourée de beaucoup trop de cuir sur le chemin de St-Pauli (le quartier du sex, drugs and rock and roll allemand), j’ai trouvé Hambourg trash par concours de circonstances. Ça en prend, des mauvaises étapes, j’imagine. Comme ça on apprécie plus facilement les meilleures.

Comme si c’était pas assez, la tempête me submerge après une longue marche jusqu’au Fish Markt, dans le port. Imaginez la scène: je m’abrite de l’orage sous un ponton du grand marché en briques rouges. Le Markt étant fermé aujourd’hui, on distingue difficilement un intérieur lugubre. Personne au port sauf un prophète itinérant (un fou quoi!). Avec sa barbe jaunie et les filets de pêche qu’il porte sur son torse nu, il a l’air du vieil homme de Hemingway en version moins cubaine. Déboussolé, il s’approche de moi et me fait l’aveu de sa dernière vision, qui le rend bien moins sympathique: Il aurait vu en rêve une jeune femme me ressemblant étrangement qui décrochait la bouée de sauvetage du pont à proximité. Dans un anglais impeccable, il me dit: « I must warn you not to attend to security supplies. Because I am a handicapped person, when you have those evil intentions, you are attending to MY personal security. I don’t like that. Plus, you risk three years of prison, here in Germany. So my mission today is to scare the demon out of your female nature by warning you. » -à ce moment il murmurait à peine et j’étais figée de terreur- « Do not, by no means, touch that orange circle! ». Heureusement, après son laïus, il a subitement oublié ma présence, son regard figé s’est porté plus loin et il a disparu en me laissant complètement morte de trouille.

Le temps de me remettre de mes émotions et je retraversais la ville, un grand parc, un chemin de fer et enfin le Rathaus. Aux alentours, un lac et un jet d’eau imitant celui du Lac Léman et Saint-Nicholas, une église dont il ne reste que le haut clocher. Ce qui lui manque, on peut le deviner dans les ruines du bombardement. Elle aurait servi de camp de prisonniers durant l’Holocauste, et on y trouve une statue très émouvante d’un homme agenouillé la tête entre les mains, pleurant sur un tas de briques. Il fait beau et l’absence du toit de l’église ne me gène pas outre mesure, j’y passe donc un long moment avant de continuer ma route vers l’est. 

 

 

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