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Bruxelles

juillet 9, 2008

Bruxelles est d’une mocheté attendrissante qui la rend tout à fait sympathique et suggère la découverte de quelques trésors. Tout est bâti n’importe comment avec un souci d’harmonie absolument inexistant et/ou particulièrement original. Et puis tout est toujours en construction, il y a donc plus de grues à voir que de monuments. Mais commençons par le début.

Après avoir trouver un lit de dernière minute au bout d’une communication coupée, je débarque à la frontière de la banlieue Molenbeek, et donc plus près de Marrakech que de Bruxelles. Un mauvais tournant au dernier carrefour -comme d’habitude quoi!- en direction de la Bourse, et je trouve étrange qu’il y ait plus de femmes voilées ici que dans les mosquées d’Istanbul, (que par la même occasion je sois la seule femme blanche et non-voilée) et que les hommes me regardent d’une manière générale beaucoup plus lubriquement que d’habitude en m’appelant « bébé ». Il y a du sable, des bulldozers, des boulevards entiers en décrépitude…et puis je me dis au bout d’un trop long moment inconfortable que j’ai du me tromper de chemin quelque part. Mais quand toutes les rues commencent par Antoine quelque chose, qu’est-ce que j’y peux moi? Au moins j’aurai vu Bruxelles comme pas un touriste, et comme très peu de Belges.

C’est reparti. En traversant les Quais du Charbonnage, qui portent bien leur nom, bizarrement, les voiles disparaissent et le français reprend le dessus comme une claque sur la gueule. On parlait d’un souci d’harmonie hors du commun? Eh bien il va jusque là. Je débarque sur une des rues les plus cossues de Belgique, remplies de boutiques de designers célèbres.

Je marche toute la ville, traversant la place de la Bourse, la place du Markt, le Marché aux Herbes, la Cathédrale Ste-Gudule (OUI!), le Palais Royal et son jardin…avant de faire demi-tour parmi le flot d’Espagnols en transe après leur première victoire à l’Euro. Ils ne savent pas encore qu’ils seront champions. Je m’arrête pour écrire dans un petit bar, le Coq, où on me tend un encyclopédie de bières.

Le lendemain, il pleut. La pluie de Bruxelles est un « highlight » de la ville. Je me dirige vers le Manneken Pis (en gros, la statue d’un petit garçon qui fait pipi debout sur un abreuvoir) en m’attendant à ce qu’il soit plus petit que ce que j’imagine. Mais il est encore plus petit que ça. C’est ça le symbole national? Un monument en hommage à l’absurdité? Ça n’empêche pas une horde de Japonais de s’être levé à 9h un dimanche matin vide pour venir le prendre en photo sous tous les angles. Ce sont eux que je ne peux m’empêcher pour ma part d’immortaliser. Un cliché d’un cliché, pourquoi pas? Il paraît qu’il existe l’équivalent féminin du Manneken, mais j’ai oublié de le chercher…

La pluie me donne étrangement des envies de musées, pour une fois. Et puis il faut dire que ceux de Bruxelles ont l’air fréquentable. J’opte donc pour le Musée des Instruments de Musique et le Musée de la Bande Dessinée. Un meilleur symbole pour le pays que cette dernière, et les Bruxellois ont su en faire bon usage. Ils ont peint des personnages de BD géant sur les immeubles, et chaque rue porte deux noms, le deuxième étant le nom d’un héros. Vous voyez mieux pourquoi Bruxelles est sympathique? Et puis les gens sont purement et simplement gentils. Rien à redire, j’ai le moral dans le plafond après une petite discussion avec un serveur au large sourire qui m’en fait oublié ma carte bancaire…mais on y reviendra. Honnêtement, les Français qui vantent à n’en plus finir le Québec chaleureux, paisible et accueillant auraient un grand intérêt budgétaire à cesser de bouder la Belgique, surtout par les temps qui leur courent après. On s’entend que les grands espaces c’est pas tout à fait ça et qu’il pleut quand même souvent, mais l’avantage comparatif face à la traversée de l’Atlantique est loin d’être négligeable.

Nous disions donc…le Musée des Instruments de Musique expose des bizarreries en tout genre avec un super système sonore…en théorie. J’explique: à l’entrée on vous donne un casque, qui est censé détecté les ondes associées à chaque petite cible au sol devant la vitrine d’un instrument et déclencher un morceau simple qui vous offre un aperçu de comment il sonne. Malheureusement, les ondes, c’est difficile à contrôler. D’abord, sur la cible, vous devez ajuster la position de votre casque, donc votre tête, telle une antenne, pour éviter le plus possible un grichouillage de radio entre deux postes qui casse les oreilles. J’ai essayé avec le bras en l’air, sans résultats. Ainsi avec un peu de chance et d’habileté vous arriverez à deviner le son d’un instrument suffisamment longtemps avant de devenir sourd pour vous en faire une idée. À ce propos je vous conseille de fermer votre casque avant d’éternuer. Quand vous quitter la cible, il faut vous dépêcher d’atteindre la prochaine parce que la cacophonie qui résulte de l’interférence des diverses ondes émanant de chaque cible à des volumes irréguliers a tôt fait de vous donner la migraine. Franchement, le bon vieux audio-guide où il faut appuyé sur la bonne touche en fonction du chiffre affiché est peut-être pas si dépassé…En dehors de ça, les harpes birmanes, les tambours burkinabais, les balalaïkas russes, les accordéons belges, les guimbardes anglaises, les flûtes tatares, les clavecins français, les cithares indiennes, les contrebasses roumaines en plus d’un paquet d’autres instruments inimaginables, ça valait le coup. Mais c’est toute étourdie que je monte les tonnes d’escaliers jusqu’à une vue extatique de la ville.

Le Musée de la Bande Dessinée est super, malgré que mal adapté aux gens perdus de mon espèce en terme de flèches et autres indications. La visite commence par les vieilles planches brouillonnes qui datent du début des temps de ce genre littéraire, quand il était encore à l’index. Puis, par époque, on assiste à l’évolution des magazines Spirou et Tintin, avec leur flot de dessinateurs au coup de crayon variable. À chaque mois son exposition; lors de mon passage c’était Peyo et ses Schtroumpfs. Maintenant, soyez attentifs que je vous raconte la création du langage si particulier à nos petits lutins bleus, qui a d’ailleurs été traduit dans une proportion impressionnante, citons notamment l’hébreu (« dardasim » et l’islandais (« strump »): Un beau matin, Peyo et Franquin déjeunaient gentiment. Le réveil étant difficile, Peyo souhaite que Franquin lui fasse passer la salière mais bloque sur le mot. Il prononce donc la phrase fatidique « Passe moi le…schtroumpf! ». Franquin pouffe de rire et rétorque « Le sel? Je te le schtroumpf! ». Tout cela est donc né d’un trou de mémoire opportun. Y’a jamais rien qui arrive pour rien. On en arrive enfin à un genre de BD tout à fait délectable, le Noir, qui allie une technique de dessin noir et blanc où les couleurs sont inversées comme sur un négatif à des blagues incroyablement cyniques. Chapeau.

Je retrouve Frédéric, de Montréal. Oui, oui, Armstrong, pour ceux qui le connaissent. Une bière à St-Gilles, le quartier des purs bruxellois, avant mon départ pour l’Allemagne en autobus de nuit, me rappelle un sourire aux lèvres que rencontrer des Québécois en voyage comme à la maison implique toujours le même genre de discussions politico-fantastiques, où je retrouve mon appartenance à une race d’indéfectibles obsédés par le destin de leur « nation » peu importe où ils vont. Ça peut être désagréable, ça l’est souvent. Mais surtout pas cette fois. Et après avoir discuter de l’avenir du Québec pendant des mois à la demande de CERTAINS Français dont l’avis facile est encore teinté de colonialisme condescendant, retrouver Fred, c’était une symphonie. Il me guide vers « sa » baraque à frites. Et il est vrai que ce fut les meilleures frites à vie. Andalouse, la sauce. Parce qu’à force de manger du curry par nostalgie (comprend qui peu…regard lourd de conséquences), j’ai finis par en avoir mal au cœur. Et puis en rentrant j’ai vu l’Atomium de loin, et je suis contente, parce que d’aller jusqu’au bout d’une ligne de métro juste pour ça, ça m’aurait fait mal.

Mais j’oublie presque de vous parler du quartier européen. Parce que je suis tout de même aller au bout d’une ligne de métro pour ÇA. Mais c’est par déformation professionnelle…ou parce que je suis une groupie de Frédéric Mérand (non, on parle pas du même Frédéric mais d’un autre, soyez donc attentifs!), c’est selon. ÇA, c’est le bâtiment Justius Liptius, siège du Conseil de l’Europe. On s’entend, il est célèbre, ça y’a pas à dire. Du moins dans mon milieu scolaire dégénéré. Mais parce qu’il est d’une laideur incroyable. Et brun. Mais un brun laitte, vraiment laitte. Genre brun-gris. Dégueulasse. Bref j’ai parcouru tout ce chemin pour aller voir à quel point un immeuble pouvait être laid. Et j’ai constaté. Puis j’ai fait demi-tour. Au moins j”aurai vu Bruxelles comme pas un touriste.

Bruges

juillet 9, 2008

Il a du y avoir un vortex quelque part entre Gand et ici qui m’aurait échappé parce que je débarque dans une autre dimension. J’attends en vain un remake d’une mélodie d’Ennio Morricone version médiévale pour célébrer mon arrivée en terre flamande. Mais c’est un grand silence et une petite bruine qui me mène dans les rues vides de Bruges; tellement qu’on dirait un dimanche.

Le toit des maisons renforcent mon impression de western moyenâgeux à la façon dont il arbore des grands airs de décor. C’est qu’on pourrait aisément croire au vide derrière les hautes façades de brique.

Classique, après m’être égarée 4 fois, le sac à dos commence à creuser des marques sur mes épaules. Finalement je trouve ce que je cherche: au fond d’une petite ruelle, derrière un grand bâtiment en construction, un grand café. Parce qu’heureusement, à l’intérieur, rien à voir. C’est tout vieillot et confortable. Après 7 changements de train, la sieste est de mise pour quelques heures.

Je suis réveillée par deux Brésiliennes qui décident de m’inclure à tous leurs plans de la journée sans me demander mon avis, sous prétexte que ce doit vraiment être horrible de voyager toute seule. J’ai pas choisi peut-être…Mais pour l’instant, une gaufre, alors que mon ingratitude cède la place à un « Pourquoi pas? ».

Nous accostons sur la place du Grote Markt, avec en son centre une tour si haute qu’on en distingue à peine le sommet. C’est le Beffroi de la ville, et nous n’aurons à la fin de notre séjour toujours aucune idée de ce à quoi peut bien servir ce machin. Les Brésiliennes croiront jusqu’au bout qu’il s’agit d’une église. Au pied, deux baraques à frites se livrent une guerre sans merci depuis au moins quelques millénaires. Ça me rappelle la Guerre des Bagels –cela mérite définitivement l’emploi de majuscules- à Montréal. Mais ici, à cause d’un renouvellement régulier des propriétaires, les locaux se voient dans l’obligation de regoûter constamment aux recettes des deux de toute façon avant de faire un choix momentané…qu’est-ce qu’on les plaint!

La ville entière est briquée, rappelons le. Comme si c’était de la tapisserie qu’on avait étalé autant sur les maisons que sur les rues et les trottoirs, en faisant un grand cercle à chaque fois. Le bleu du ciel est une bénédiction pour mon manque chronique d’orientation.

En sortant un peu du centre, je tombe sur de grands moulins posés nonchalamment sur des collines verdoyantes en bordure de la rivière. Puis, en faisant demi-tour, l’Église de Jérusalem copiée par un illuminé me tombe dessus. Ils en ont fait un Musée de la Dentelle, spécialité notoire de la région.

En rentrant au centre-ville, je croise une colonie de canards qui se baladent sur le trottoir le plus naturellement du monde. Cela me rappelle que je n’ai vu aucun pigeon depuis mon arrivée. Après une longue recherche, j’en trouve bien 1 ou 2 le troisième jour, sur la place du Markt. Toutefois, ils ont une teinte jaunie de manuscrit froissé comme s’ils avaient voulu s’agencer à la saveur de la ville.

Je passe une soirée hilarante avec mes Brésiliennes dans un petit café teinté de techno pour je ne sais quelle occasion. Peut-être pour célébrer l’arrivée d’un groupe de militaires de la Marine belge qui ont la brillante idée de nous payer le champagne toute la soirée. Je finis par me sauver de ce qui prend des airs de beuverie louche et retrouve cahin-caha mon chemin vers la petite ruelle pour m’apercevoir que j’ai le mauvais code pour ouvrir la lourde porte de bois. Il est 3 heures du matin et j’escalade dans le froid une échelle en fer sur trois étages pour forcer la fenêtre de mon dortoir. 5 minutes plus tard, un groupe d’Américains confronté à la même énigme est guidé à l’échelle par mon sifflement et me gratifie de sa reconnaissance éternelle en passant tant bien que mal par ma fenêtre, après que j’ai demandé le mot de passe. Je rêve où je garde le pont-levis du château-fort? C’est que Bruges, c’est plus au Nord que « le Nord », pour une fausse française autant que pour des Ricains de la côte ouest…pis y fait frette en sale! Pour éviter d’avoir à répéter le même manège toute la nuit nous posons un énorme pot de fleur dans l’entrée pour bloquer la porte.

J’attends l’ouverture du Musée au Chocolat au pied d’une fontaine. Les carillons du Beffroi sonnent dix heures, et une petite araignée noire gravit mes doigts posés sur la pierre froide. Ça y est, ils ouvrent. Tiens, ils sortent des plantes dehors avant de laisser entrer les visiteurs…

Le musée achève de m’hypnotiser. Cortez avait beau être un individu sanguinaire complètement exécrable, sans lui on aurait peut être évité le massacre inexcusable de peuples de génie mais tout de même raté une sacrée merveille. Il fut une époque où le chocolat chaud était aussi à la mode chez les riches aristocrates européens que le café. J’attribue son éventuelle dégringolade dans les mœurs au fait qu’il se marie mal avec la cloppe. Du chocolat est offert à la fin du parcours par un Chef aux longues moustaches grises qui nous MONTRE en primeur le secret du caramel dans la Caramilk. Que je vendrai au plus offrant. Sans doute très, très cher.

Une balade à vélos sur les pavés de la ville et nous croisons encore de l’Art nouveau, une statue de la Vierge sculptée par Michel-Ange, et beaucoup d’églises, dont une chapelle magnifique contenant une relique de Jésus-Christ devant laquelle croyants comme non-croyants se signent.

On appelle Bruges la « Venise du Nord » (les gens disent la même chose d’Amsterdam et de Hambourg, il suffit d’avoir de l’eau, un jeu d’enfant) et nous comprenons pourquoi, puisqu’à chaque fois que nous quittons le centre-ville, nous finissons sur un pont. Toujours le même? Pour retrouver le chemin de la boutique de vélos à temps pour la fin de notre location, il a bien fallu se rendre à l’évidence et déduire que non. Et je vous jure que ce n’est pas moi qui menais la troupe. Bruges me tire sa révérence au Bar Choc avec le dernier album d’Henri Salvador, justement, et un grand bol de chocolat chaud à la cannelle.