À l’heure qu’il est, Cesky Krumlov est encore une rumeur. Ce sont des murmures de baroudeurs qui me guident, rien de plus, vers ce joyau inespéré situé plus près de Vienne que de Prague. « On ne va jamais aussi loin que quand on ne sait pas où l’on va ». Bizarrement, c’est aussi la deuxième ville la plus visitée de République Tchèque. Facile, puisque très peu de touristes sortent de Prague, à part quelques backpackers et les Japonais, évidemment. Mon petit doigt me dit que cela ne durera pas.
À Cesky Krumlov comme dans toutes les petites villes que j’aime profondément, tout se marche. Je mets un gros cinq minutes à pied de la station à mon auberge de jeunesse, qui ressemble fort à l’idée que je me fais d’une maison de Hobbit. Une autre petite marche de, disons, sept minutes, et je suis au cœur du village. J’admire de plus près la haute tour aux couleurs pastel du château aperçu plus tôt.
La principale attraction de Krumlov, c’est la ville en tant que telle; elle est d’ailleurs classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. L’histoire de cette bourgade malmenée remonte jusqu’au 12ème siècle.
Historiquement, Cesky Krumlov était habitée en large proportion par la communauté allemande de Bohème. Elle passe aux mains de l’Autriche-Hongrie jusqu’à ce que les troupes tchèques y fassent irruption après la Première Guerre mondiale. Au lendemain de la Seconde, les « Allemands des Sudètes » en sont expulsés, en concordance au projet d’épuration ethnique de Benes selon lequel la récente guerre et l’occupation allemande auraient prouvé l’incapacité des Tchèques et des Allemands à cohabiter. C’est 2.6 millions d’Allemands, soit presque le quart de la population du pays à l’époque, qui est contrainte à l’exil. Ce programme farfelu laisse Cesky Krumlov tomber en décrépitude sous l’affluence des Tziganes, qui prennent possession des maisons des bannis. Pendant l’ère communiste, Cesky Krumlov est un égout à ciel ouvert.
C’est seulement à partir des années 90s que la ville renaît, notamment par l’initiative de l’UNESCO, qui commence à en faire l’attrait touristique de la région. Krumlov est nettoyée et retrouve tranquillement la gloire et son aspect d’antan.
Une rivière au fort courant sillonne la ville comme un serpent. Les téméraires la parcourent en kayak, les moins téméraires prennent du soleil sur les terrasses vertes des petits cafés de la rive. Le soir, tous mangent tchèque pour trois fois rien: du porc fumé, du gâteau de pommes de terres, du millet et de la soupe à l’ail. Pour la première fois depuis longtemps, je n’ai vraiment plus faim. Et puis l’Espagne est championne de l’Euro.
Cesky Krumlov est une perle de sérénité. Les gens sont zen et la nature environnante charmante; un petit trek sur la colline pour admirer la ville de loin est plus que le bienvenu. Surtout parce qu’on y trouve une petite chapelle abandonnée.
Là-bas je savoure un nouveau fix de bout du monde.
Je redescends vers la « vraie vie », prête à ce que mon délire prenne fin.
Il est temps de rentrer chez moi.


