
Pour la Tour Eiffel, le Musée du Louvres et le Château de Versailles, vous devrez faire le voyage par vous-mêmes. Nous en sommes à la deuxième vague (Qui aura capté ma référence à ce très cher Huntington?) : celle de Montmartre, des Invalides, du Jardin du Luxembourg, de Notre-Dame de Paris et du Quartier Latin. Car fort heureusement, mes compagnes de voyage n’étant plus à l’aube de leurs expériences parisiennes (hin hin), nous avons pu passer à la hache la plupart des “must” de notre liste, dès notre arrivée à l’auberge de jeunesse.
Tiens parlons-en de cette auberge-là. Parce qu’elle était estradinaire. Et que c’est bien de ma faute. HA!
Il fallait le signaler.
On la trouve au pied de la Basilique du Sacré-Coeur, dans une des parties non-touristique de Montmartre (c’est-à-dire pas celle du Moulin Rouge, l’autre) et on y passe la nuit pour trois fois rien. Car nous étions bien trois jeunes filles, venues trois jours à Paris pour y prendre trois époux…
Certains (peu nombreux) se demanderont peut-être pourquoi nous avons choisi Montmartre. Je leur répondrai avant tout que quand on voyage à Paris pour le week-end, c’est-à-dire tant qu’à être de parfaites et méprisables bobos, vaut mieux s’assumer. À côté d’une excuse comme celle-là, les promenades sur les dalles en pierre de la Butte faisant toujours écho aux romantiques refrains de la vieille chanson française font bien pâle figure, me direz-vous.
Vous n’avez qu’en partie raison.
Car il y a de ces quartiers qui gardent leur essence pittoresque bien au-delà du défilé de touristes tels que nous qui y affluent en permanence. Reste qu’il faut savoir la trouver. Montmartre est un de ces quartiers là. Et en regardant tous ces peintres s’escrimer à immortaliser le passage de ces foutus touristes qui se haïssent tant entre eux puisqu’ils ne sont pas les seuls, on ne peut que conclure que cette vie entourée de copains, de jolies femmes exotiques et de chats errants, que cette vie d’artiste sans le sou mais toujours mort de rire, que cette vie-calque des mémoires d’autrefois, c’est toujours le même genre de chienne de vie que tous les Van Gogh, Toulouse-Lautrec et Picasso avaient déjà vécue et qui nous fait tant rêver. À tort ou à raison. Je vous le dis, nous avions mieux à faire que de pleurer sur les vestiges d’une défunte Bohème. Mieux à faire, c’était de la retrouver aujourd’hui, actualisée par le regard taquin de ce petit peintre qui donne du coude à son collègue en s’esclaffant: “Celle-là, elle vient du Québec, cette pauvre petite province victime des frasques de la mondialisation…”.
Le sommet de la Butte a donc gardé son caractère fondamental tel qu’on se l’imagine, même muté par les générations, et nous y revenons toujours, sans nécessairement le vouloir, tout au long de notre séjour. C’est peut-être en raison de notre bonne humeur, mais les touristes ne semblent pas nous gâcher la vie outre mesure et nous parvenons presque à les oublier. De notre auberge, nous gravissons tous les jours les marches de pierre, saluons la vieille statue de Dalida qui pleure le sang des graffitis laissés par des voyous peu courtois, tournons à droite une fois passé le célèbre Lapin agile, qui en a vu tant de cette fameuse Bohème. Tantôt nous entrons chez Eugène, celui de Brel, manger des moules frites. Tantôt nous attrapons sur le pouce une crêpe au chocolat avant de filer vers Montparnasse.
Au pied de la Butte, passé la Place des Abbesses, où subsiste ce charme mitigé qui marque si bien la frontière entre le haut et le bas de la célèbre colline, c’est une autre histoire. Devant le Moulin Rouge (ou ce qu’il en reste), une danseuse livide souffle insolemment une des plumes à son cou question de mieux se consacrer à cette dernière clope d’avant la représentation de 14 heures. Au même moment, la fumée du pot d’échappement du camion de livraison qui fournit le fast-food d’à côté contribue lui aussi à l’emboucanement général. Notre passage entre les légions de “sex-shops” suscite un canon de sifflements des vendeurs de kebab, soldats modernes de ce qui n’est plus qu’un boulevard de béton où les ordures pullulent.
Le Chat noir est fermé.
Nous nous pressons dans le triste métro. Question de ne pas passer tout à fait à côté de notre expérience touristique, nous prenons une pause sur les Champs pour satisfaire la requête starbuckienne de Marie-Josée. Ne vous indignez pas tant: finalement, il y a un certain charme à se promener dans les rues ensoleillées de Paris avec un “BIG American coffee” à la main, surtout quand ceux qui vous l’ont vendu sont aussi Parisiens que charmants.
Arrivées aux Invalides, nous constatons avec un mélange d’admiration et de désarroi le plus grand complexe d’infériorité jamais immortalisé, celui de Napoléon Bonaparte. Sa tombe est faite à la manière des poupées russes, elle est donc gigantesque comparé au corps qu’elle contient. Le style plutôt classe de son époque lui paraissant tout de même insuffisant, notre minuscule Empereur a cru bon de préserver la grandeur de son règne par une série de statues où l’on voit sa noble tête sertie d’une couronne de laurier, et d’entourer son cercueil loufoque par des rayons de soleil symbolisant sa muse, Louis XIV.
Après ce cher petit bonhomme, nous passons à l’oeuvre plus récente d’une autre des grandes folies meurtrières de l’histoire. Ce qui nous fascine le plus de cette revue en images de la Seconde Guerre mondiale, en dehors des traditionnels mais non moins bouleversants témoignages d’Auschwitz et de la photo d’Hitler devant la Tour Eiffel, ce sont toutes ces affiches de propagande militaire dignes des meilleurs bédéistes. Attention à mon coup de coeur: il existait même de la propagande alliée anti-propagande “boche”. Très fort.
Le Jardin du Luxembourg est un havre de paix pour les jeunes couples parisiens. Et notre ménage à trois dysfonctionnel y trouve bon compte. Du petit lac autour du Sénat au coucher de soleil s’éteignant sur les statues de pierre, nous captons une onde de paix avant de se faire rappeler à la réalité par le sifflet strident des gardiens nous enjoignant de quitter les lieux. Un rapide tour par Châtelet, haut lieu de shopping (Eh! On est des filles ou quoi?), afin de parfaire notre journée et nous sommes déjà en route vers le dernier film de Tim Burton.
Parenthèse cocasse à ce sujet: au générique, nous y allons de nos commentaires…
Shelsea: “That was way too gory for me!”
Marie-Josée: “At one point I wanted to leave and wait for you guys outside!”.
Les deux autres se retournent vers moi pour capter mon verdict, un ange passe…la larme à l’oeil, je réponds:
“I thought it was beautiful.”
Cris d’indignation…
Bouteilles de vin à la main, notre soirée s’achève sur la Fête nationale des Australiens et Marie-Josée qui croit opportun d’essayer le Vélib’ au beau milieu de la nuit. Paris, sur imitation du Vélo’v de Lyon selon des sources scientifiques, lui-même sur imitation de Rennes selon de fausses rumeurs colportées par des ignares, a fait installé plusieurs stations de vélos disponibles à chacun pour la modique somme de 1 euro. Vous n’avez qu’à le décrocher, faire votre bout de chemin, et le raccrocher à la station de votre choix. Gare à vous, cette idée fameuse fait son chemin vers Montréal…
Le lendemain se lève de nouveau sur Montmartre et nous découvrons une jolie légende. Un homme de bronze enclavé dans un mur de béton sous un pont à l’abri des regards attire pourtant le nôtre. Il s’agit du Passe-Muraille, d’après l’oeuvre de Marcel Aymé. Cet homme aurait eu selon la légende un pouvoir magique qui le rendait capable de passer à travers les murs. Coupable d’excès de cleptomanie, il fût emprisonné. Mais allez donc essayer d’enfermer dans une cellule un homme qui peut en sortir pour aller lui-même chercher son croissant et son grand crème le matin. Une fois définitivement évadé, il s’était rendu chez sa belle. Après une nuit d’amour, il avait pris le raccourci habituel en traversant le pont à sa façon, et y était resté. Son pouvoir s’était volatilisé. Depuis, de sa nouvelle prison de béton, il écoutait les airs de guitare joués la nuit par les peintres vagabonds et pensait à son amour perdu.
Jusqu’au jour où Marie-Josée passa par là et l’épousa. Mais c’est une autre histoire…
Il existe dans les lieux de culte quels qu’ils soient une atmosphère dense, lourde et infinie. De spiritualité. Étant moi-même athée d’héritage, je puis le dire sans implications controversées, paraît-il. Ces lieux-là sont inspirants, reposants. Leur atmosphère, un rien tragique, transcende encore une fois la présence humaine qui les visite.
La cathédrale de Notre-Dame de Paris est un de ces lieux. Immense pas seulement physiquement. J’y passe un long moment. Jusqu’à ce que l’organiste rajoute son grain de sel et que je me rue à l’extérieur, terrorisée.
J’y retrouve Shelsea aux côtés du grand Charlemagne. Elle me confie l’avoir épousé pour sa texture de granit, irrésistible il est vrai…
Cap sur le Quartier latin. Ironiquement, c’est un Grec qui nous y accueille au détour d’un dédale de ruelles piétonnes. À force de se faire siffler, le message subliminal est passé on dirait, et c’est goulûment que nous ingurgitons notre kebab. Comme dirait Shelsea, aujourd’hui, c’est notre “cheap day”. J’y retrouve Toto, un matelot grec d’origine ottomane. Je l’ai rencontré lorsque je dansais le cancan dans un cabaret de Provence, alors qu’il s’enfuyait du massacre des siens par les Turcs. Il m’avait lancé un poisson en plein visage, selon la tradition, avant de me réanimer et de me demander ma main. Vous connaissez la suite…
Je me prépare donc actuellement pour le mariage qui aura lieu à Flée à la fin de la semaine.
Mais non pas le mien! Mais celui du père, où je jouerai les témoins.