Avignon

mai 3, 2008 par stephaniemartel

Sur le pont d’Avignon, on y dansEUH, on y dansEUH!

Vous saviez que même Mylène Farmer en a fait une version? Vous auriez aussi du entendre l’originale, c’est-à-dire version chant grégorien: rien à voir. Celle-ci est beaucoup plus gaie. Le pont bloque au milieu du Rhône par contre, un surplus d’inondations historiques oblige. Son nom moins connu des gens hors d’Avignon est le Pont Saint-Bénézet, en l’honneur d’un illuminé à qui Dieu aurait confié la mission de construire un pont sur le Rhône et qui aurait, par un sursaut inespéré d’adrénaline et afin de convaincre les habitants d’appuyer son projet farfelu, réussi l’exploit de soulever une énorme pierre de lui-même (“et avec l’aide des anges”) et de commencer ainsi la construction un peu hâtivement. Reste que comme il s’agissait d’un bien gentil garçon, paraît-il, la petite chapelle aménagée sous le pont pour accueillir sa tombe est probablement bien méritée, laissons-lui au moins cela.

Au Palais des Papes, il ne reste du faste clérical légendaire que de grands murs de pierre vides et quelques vestiges de céramique cassée. Cette forteresse aussi gigantesque que lugubre est pourtant extrêmement intéressante à visiter puisqu’elle nous pousse à imaginer que toute cette pierre fut jadis recouverte de toiles brodées, de céramique multicolore et de tableaux payés au prix fort. Après avoir fini de dépenser l’argent des collectes en meubles de marbre et autres trésors, chacun des Papes a également financé son lot de croisades intestines, avant que finalement, leur dernier représentant ne se fasse détrôner et virer à grands coups de pied dans son noble et sacré derrière.

Coimbra

mai 3, 2008 par stephaniemartel

Victime d’une négligence infâme de la part de votre serviteur (qui renie aujourd’hui sa féminité pour des raisons de paresse grammaticale scandaleuse), la jolie petite bourgade de Coimbra est un coup de cœur portugais. Portugais oui, je suis en retard, disais-je. Non, il ne s’agit pas d’un coup de cœur opportuniste, qui justifierait par exemple le fait que j’aie insisté 23 fois plutôt qu’une pour que nous y passions, m’injectant par la même occasion une pression monumentale. C’est aussi parce qu’elle est la capitale du fado, ce blues portugais aux accents tragiques et délicieux, qui élève le masochisme au rang de dogme dans les tripes de celui qui l’écoute.

C’est dans une ancienne chapelle, minuscule et isolée, rebaptisée en salle de concert sans que son décor sobre n’ait été retouché autrement que par l’installation d’une douzaine de tables en bois et de quelques manigances d’éclairage, que nous assistons à notre premier concert de fado. Deux musiciens lancent une mélopée mélancolique pendant que le chanteur ajuste sa sombre tenue traditionnelle. Le reste de la soirée vibre au son poignant d’une voix profonde. Notre émotion entretenue par le porto nous porte jusqu’à une grande discussion avec le nouveau gérant de l’établissement, un Britannique énergique et verbo-moteur qui monopolise la critique.

La vieille Université est le symbole de la ville. Première université portugaise et une des plus vieilles d’Europe; son architecture fait penser à un temple de l’antiquité. On ne lésinait pas sur le marbre à l’époque, c’est moi qui vous le dit.

 

Notre principale activité constitua comme à l’habitude à traîner dans les rues. C’est ainsi que nos pas nous menèrent vers ce café, qui est en fait une église (vers cette église, qui est en fait un café). Le confessionnal ayant été logiquement réaménagé en toilettes, nous nous y plaisons bien. Apothéose : le serveur sexagénaire à qui je faisais les yeux doux depuis un moment nous apporte la note en nous montrant un dessin de nos trois divins profils qu’il s’amusait à gribouiller pour passer le temps. Bizarrement, c’est à ses modèles qu’il demanda de signer son œuvre.

Lisbonne

mars 10, 2008 par stephaniemartel

Il est 1 heure du matin. L’autobus nous menant de Lagos à Lisbonne s’arrête dans une station service perdue dans la nuit brumeuse et une cinquantaine de personnes (le triple du nombre fréquentant un autobus portugais en plein jour) monte à bord dans un capharnaüm qui réveillerait les morts. Et à cette étape de notre voyage, c’est un état très proche du nôtre. Nous avons juste le temps de reprendre vaguement conscience et de condenser nos affaires sur nos cuisses avant que trois Portugais au physique de lutteurs sumo prennent place à côté de chacune d’entre nous.

Nous nous flattions jusque là de notre idée de génie : voyager de nuit vers la capitale dans un autobus supposément vide qui nous laisserait toute la place nécessaire pour économiser un lit de dortoir et gagner du temps.

Dur rappel à la réalité.

Comment se faisait-il qu’en basse saison, à un arrêt perdu à proximité d’une station balnéaire endormie non seulement en plein hiver, mais aussi au beau milieu de la nuit, notre autobus soit tout à coup plein à craquer et notre promesse d’une bonne nuit de sommeil envolée? Cela restera un mystère en plus d’un très mauvais calcul.

Environ 4 heures plus tard, livides et des cernes jusqu’aux oreilles, nous sommes à la gare de Lisbonne. Évidemment, notre réflexe du départ était de déduire que comme c’est la basse saison, y’a pas un chat et pas besoin de réservation pour trouver un lit dans un dortoir…n’est-ce pas?

Ben y’a peut-être pas de chats mais c’est quand même la capitale et les vacances, et pas seulement pour nous. Ainsi, y’a pas de chats, mais y’a des Espagnols, paraît-il.

Ça, du haut de notre arrogance de “grandes” voyageuses, on l’avait pas prévu.

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Il est 5 heures du matin. Nous traînons nos sacs à dos de dortoir en dortoir aux alentours des ruelles en pente de Rossio, montant et descendant les 4 étages en moyenne de chacun d’eux, se faisant claquer la porte au nez à chaque fois par des matrones portugaises édentées en chemise de nuit pas très commodes à cette heure ridiculement matinale.

Bienvenue à Lisbonne. En espérant qu’elle est moins lugubre de jour après une douche et un lit.

Elle l’est.

Il est 11 heures du matin. Nous découvrons que nous «avons élu domicile» (ou plutôt, nous sommes évanouies où on a bien voulu de nous), dans une petite rue située au beau milieu des deux grandes places du centre, Rossio et da Figueira. Au pied de notre fenêtre : le siège de la communauté afro-lisboète. Des hommes au bonnet blanc sont appuyés contre les garde-fous et discutent, des femmes en boubous colorés sont assises un peu partout et attendent on ne sait quoi. Autour d’eux gravitent des cireurs de chaussures, des vendeurs de marrons et beaucoup trop de pigeons.

Tous les chemins mènent à Rossio, le cœur de Lisbonne. Toutes les rues y démarrent et y débouchent et c’est elle qu’on cherche des yeux des belvédères de chacune des 7 collines de la ville, question de s’orienter. En marchant vers la mer, nous débouchons sur la Place du Commerce d’où on aperçoit l’immense Pont du 25 avril (autrefois le Pont Salazar, il a changé de nom pour le jour de la Révolution des Œillets), suspendu au dessus du Tage, menant à l’autre rive. Et au Cristo Rei, debout les bras ouverts devant le soleil, grâce aux femmes de Lisbonne qui ont voulu remercier Jésus d’avoir épargné leurs maris, leurs fils et leur pays de la Seconde Guerre mondiale.

Il est 2 heures de l’après-midi. Demi-tour vers l’Alfama, quartier célèbre où est né le fado. Enjambant les rams de tramways et gravissant les marches en pierre, nous arrivons au Castello Sao Jorge, qui offre un point de vue superbe sur la capitale. Il serait bien vide sans nous et les notes d’un minuscule guitariste qui tente tant bien que mal d’égailler les murs de pierre et la statue d’une femme nue anonyme à genoux dans le jardin.

Le Bairro Alto, c’est le grand frère de l’Alfama. Ses petites rues labyrinthiques remplient d’affiches colorées, de graffitis et de plantes vertes pendant des lampadaires lui donnent un charme impossible à ignorer. Impossible aussi de s’y perdre, si vous sentez que vous descendez, vous n’êtes déjà plus dedans.

Il est 5 heures du soir. Le tramway no 28 nous mène à travers la même ville par de nouveaux chemins. Les vieilles dames le prennent comme elles le prenaient gamines, naturellement, sans s’inquiéter du fait qu’il s’agit d’un parfait anachronisme. Et il n’y a pas que le tramway qui peut se targuer d’une pareille définition. Le vieux Silva salue les mamies comme il salue tout le monde, comme il connaît tout le monde, de derrière ses énormes fonds de bouteille. En s’inclinant un peu plus vers l’avant, s’appuyant sur sa canne, il nous explique : « Dans ce pays, si vous regardez les gens de haut, ils se moqueront de vous et auront bien raison ». Il nous demande si nous descendons à l’Église Saint-Antoine, puisque c’est là que vont prier toutes les jeunes filles. À voir notre air éberlué il abandonne, et choisit plutôt de nous guider dans Lisbonne à sa façon.

Le vieux Silva, lisboète pur laine s’il en est, parle 4 langues parfaitement (tellement bien français que j’ai du lui demander de confirmer sa nationalité) et en baragouine environ 72. Demandez lui n’importe quoi, il trouvera toujours le moyen de dire que tout ce qui est de ce monde n’existe que par le génie portugais. Il rajoutera aussi que les langues latines méritent d’être apprises parce qu’elles font les plus beaux opéras : « Pas comme l’allemand, si laid! Arrh, arrh, arrh! » imite-t-il pour appuyer ses dires. Il a encore le temps de nous parler de l’occupation maure, du Timor-Leste et de Vasco da Gama avant qu’on trouve un arrêt digne de ce nom, celui du Jardin de Estrella.

Avec tout ça, le pont qu’on admirait au loin de notre point de vue sur la Place du Commerce nous tombe devant les yeux et on se rend compte qu’à écouter Silva, on a finit par traverser toute la ville. Nous sommes dans Belém, le quartier qui a justement accueilli Vasco da Gama dont nous parlions tout à l’heure. Le Cristo Rei a un tout nouvel effet sur nous: sa proximité signifie que nous avons environ 1 heure de marche à faire avant de regagner Rossio, en passant par le Marché d’artisanat.

Il est 7 heures du soir. À Lisbonne, manger italien est beaucoup moins coûteux que manger portugais. Et quand le restaurant italien est la propriété d’une nombreuse famille indienne, on dirait qu’il vaut encore plus la peine d’être visité.

Il est 9 heures du soir. L’immense fontaine de Rossio fait une nappe de pique-nique tout à fait convenable pour notre dessert. Un vieux marchand de cartes nous raconte ce qui sonne comme sa vie, en portugais, donc aucune idée, mais la langue est tellement jolie qu’on est captivées quand même.

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Il est 1 heure du matin. C’est le Lux, une des plus belles et célèbres discothèques d’Europe, qui nous ouvre ses portes cette nuit. Un grand escalier mène au premier étage : d’énormes chandeliers, des panneaux qui reçoivent le jeu des éclairagistes et des fauteuils romains garnis d’immenses traversins font déjà bonne impression. Au sous-sol, tous les soirs à partir de 3h, un DJ de renom international (pour ce soir : Alter Ego, allemand). Leur public : une marée de magnifiques Lisboètes mâles en transe.

Bref, Lisbonne se mérite. Et finalement, elle a compris comment nous rendre parfaitement heureuses

 

Lagos

février 28, 2008 par stephaniemartel

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Notre ruée vers le sud dure neuf heures. La pluie bat nos fenêtres alors que nous observons d’un œil ému les troupeaux de chèvres, les oliviers et les éoliennes de Beja. Le gris du ciel rend bien le contraste du paysage bouleversant.

En récompense de notre épreuve, un rayon de soleil éclaire tout à coup l’écriteau de bienvenue de la ville de Lagos. La pluie ne s’est pas arrêtée pour autant. En Algarve (le nom de la province date de l’époque maure et signifierait en arabe, selon les rumeurs, “là où le soleil se couche”), il fait toujours soleil, même quand il pleut. À gauche, un arc-en-ciel éclatant. Comme quoi il y a un temps pour les clichés.

Lagos est une petite bourgade pittoresque entourée de remparts dont les rues sont à l’image de celles de toute ville portugaise, à la différence que les minuscules et innombrables pierres qui les pavent forment des motifs noirs et blancs, résultats d’un travail de moine, où se dessinent l’ombre des palmiers. Chaque jour, à la marina, les pêcheurs rapportent leurs prises. Leur appât? De l’encre de poulpe! Ils pêchent parfois jusqu’au soir, à la lumière du phare ou du haut des falaises. Aujourd’hui ils vendent des huîtres, selon les dires d’Antonin, un jeune expatrié montréalais aux longs dreadlocks qui passe ses journées sur la plage à jouer avec un grand chien noir qu’il a baptisé « Surf Master », à regarder des films de Fellini loués à la Maison culturelle, à grimper les falaises pour épater la galerie et à proposer aux demoiselles qu’il croise sur son chemin de leur faire de la soupe aux betteraves. Si jamais vous le rencontrez, évitez de lui parler de l’indépendance du Kosovo.

Hors des murs de la ville, la lune éclaire les falaises que nous partons explorer le lendemain.

Heureusement que la pluie a eu le temps de sécher parce que les glissements de terrain sont fréquents et les canyons plutôt profonds. Nous clopinons à travers les cactus jusqu’à des points de vue à couper le souffle sur la mer. Il fait un temps magnifique.

Lagos est le paradis des surfeurs en Europe de l’Ouest. Et partout où il y a du surf, il y a évidemment des Australiens. On en découvre une bonne dizaine qui s’y sont arrêtés le temps d’un été et n’en sont jamais repartis. Influençables, nous passons donc une bonne partie du séjour à nous appeler « mate » entre nous, juste pour le plaisir.

C’est tout de même un Portugais, Francisco, un géant aux lunettes d’aviateur, fan des RHCP, qui nous mène en camionnette à travers les montagnes jusqu’à la plage d’Arrifana, un secret bien gardé des surfeurs locaux. Lorsque je lui demande sur la route si l’hiver de Lagos est quand même bien pour le surf, il me répond avec enthousiasme que la basse saison est sa préférée : il n’y a pas de touristes, les vagues sont meilleures et avec un wet-suit, aucun risque d’hypothermie.

Suivant les cris d’encouragement de Francisco, debout sur une vague, j’ai le temps de penser que je suis le roi du monde avant de m’écrouler dans l’eau dans un fracas pas possible. Crachant l’eau salée qui me râpe la gorge, les cheveux collés dans la figure, probablement accompagnés de quelques algues, j’émerge pendant que mon surf se sauve en tirant sur sa laisse après m’avoir tabassé le coude que je masse en grognant. Éternel optimiste, Francisco gueule avec un grand sourire: « Nice style! You’re becoming one with the wave! ». La wave en question me donne des gifles pendant que je peine à le rejoindre. Ce qui est une épreuve pour moi est d’une facilité désarmante pour lui, qui doit bien faire 6 pieds mille. J’ai envie de lui tirer la langue mais à ma grande surprise il a l’air sérieux quand il me sort sa théorie de « l’élue » (« You know, like Matrix! ») et j’éclate de rire. N’empêche qu’après trois heures de combat acharné contre les vagues, le corps ne suit plus et « l’élue » a le goût d’une bière. Que voulez-vous…

Le Three Monkey’s, sa collection de disques impressionnante et son barman belge, un surfeur (duh!) du nom de Jimmy, nous apporte tout le réconfort nécessaire après cette longue journée. Un petit coup pour la route, nous partons de nuit pour Lisbonne, suivant ce que nous croyions être une idée de génie…de qui encore? On a préféré l’oublier.

Porto

février 26, 2008 par stephaniemartel

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Le Portugal sent bon.

En se promenant dans les petites rues étroites de Porto, encadrées de murs de céramique peinte (azulejos) où les cordes à linge s’empilent en strates et où les éclats de rire francs des femmes se mêlent aux aboiements des chiots, nous respirons à plein nez les rayons mielleux d’un soleil retrouvé avec grand bonheur. Il y a des églises partout, dont l’Iglesia do Carmo, voisine de la placa Teixeira, du Jardin Cordoaria et ainsi donc de notre pensao (pension), et célèbre pour son immense azulejo blanche et bleue représentant la fondation de l’ordre des Carmélites. C’est sans parler de la magnifique sé (cathédrale) juchée sur la colline (paradoxalement au détour d’une ruelle de junkies qui nous regardent passer avec nos back-packs l’air de se demander s’ils nous hallucinent tellement on n’a pas d’affaire là). Et ce ne sont plus les boulangeries, mais les pâtisseries qui foisonnent ici, et répandent cette agréable odeur de sucre vanillé. La langue portugaise chuchote à voix haute partout on nous vaquons et berce les oreilles de Shelsea, encore meurtries par l’apprentissage des “r” français.

En bordure du Douro, le fleuve séparant Porto de sa jumelle de l’autre rive, Vila Nova de Gaia, nous admirons les écriteaux lumineux des chais de porto, propriétés des grands marchands, le monastère da Seirra do Pilar et le pont Dom Luis I, suspendu là-haut et illuminé, qui fait la réputation de la ville. Les gens boivent un petit verre du dernier vintage sur les terrasses alors que les enfants jouent au foot sur le terrain improvisé qu’offrent les ruelles en pierre, en essayant au mieux de leurs capacités d’éviter de botter les chats errants. Nous sommes au coeur du vieux quartier de Ribeira.

Un vieux serveur nous accueille au sommet d’une petite grimpe et nous installe dehors, car il fait chaud (enfin!) même si pas assez pour les Portugais. En communiquant par signes et bribes amochées de portugais, nous nous retrouvons tout de même avec un pichet de sangria, du poulpe grillé et des croquettes de morue. Pas mal! Après le repas, c’est au tour du propriétaire du Vinologia (et de ses 200 variétés de portos, dont nombreux sont issus de petits producteurs) de nous offrir une dégustation.

Abricots pour le blanc, dattes pour le vintage, raisins pour le tawny. Et la leçon continue…

La région du Douro abrite 33 000 producteurs de porto qui se partagent 38 000 hectares. Faites le calcul: en considérant que les grands producteurs peuvent posséder des terres allant jusqu’à 100 hectares, cela en laisse très peu pour les plus petits.

Jusqu’en 1986, à l’heure de l’intégration du Portugal à la carte de l’Union européenne, l’appellation “porto” était réservée aux vins traversant la ville de Porto, par l’entremise exclusive des grandes compagnies (qui ne produisent pas de vin mais l’achètent et le revendent). Mais Bruxelles a mis fin à ce monopole perfide et depuis 20 ans, les petits producteurs indépendants peuvent maintenant nommer leur produit comme ils l’entendent. À une condition: pour éviter de courroucer les grandes compagnies, ils n’ont le droit de vendre que leur propre vin. Les privilèges commerciaux demeurent aux mains des gros poissons.

Si je me souviens bien, le vintage est extrait des raisins de la meilleure qualité et reste en gros baril pour une période de deux ans. Il doit être bu aussitôt ouvert. Le tawny tire quant à lui son nom de la durée, non de la qualité. Il est bu après au moins 5 ans d’âge dans de petits barils. Les variances de couleur entre les vintage rouge vif et les tawny cuivrés frappent les plus profanes des yeux. C’est-à-dire les miens.

Le principe sacré du dimanche européen n’étant pas encore intégré à nos mentalités hyperproductives nord-américaines, le lendemain commence par nous accabler. Le dimanche portugais en particulier n’a d’ailleurs rien à envier à ses voisins en matière d’oisiveté. La ville dort à poings fermés et nous marchons sur la pointe des pieds.

Heureusement, même endormis, les arbres restent d’agréable compagnie, et le Jardin du Palacio de Cristal nous ouvre ses grilles. Mais le soleil se fait déjà la malle et il vente de plus en plus fort: la tempête s’annonce. Après caucus, nous nous lançons à la poursuite de l’astre capricieux et filons vers le sud, où il nous attendra.

Paris

janvier 30, 2008 par stephaniemartel

Dalida pleure

Pour la Tour Eiffel, le Musée du Louvres et le Château de Versailles, vous devrez faire le voyage par vous-mêmes. Nous en sommes à la deuxième vague (Qui aura capté ma référence à ce très cher Huntington?) : celle de Montmartre, des Invalides, du Jardin du Luxembourg, de Notre-Dame de Paris et du Quartier Latin. Car fort heureusement, mes compagnes de voyage n’étant plus à l’aube de leurs expériences parisiennes (hin hin), nous avons pu passer à la hache la plupart des “must” de notre liste, dès notre arrivée à l’auberge de jeunesse.

Tiens parlons-en de cette auberge-là. Parce qu’elle était estradinaire. Et que c’est bien de ma faute. HA!

Il fallait le signaler.

On la trouve au pied de la Basilique du Sacré-Coeur, dans une des parties non-touristique de Montmartre (c’est-à-dire pas celle du Moulin Rouge, l’autre) et on y passe la nuit pour trois fois rien. Car nous étions bien trois jeunes filles, venues trois jours à Paris pour y prendre trois époux…

Certains (peu nombreux) se demanderont peut-être pourquoi nous avons choisi Montmartre. Je leur répondrai avant tout que quand on voyage à Paris pour le week-end, c’est-à-dire tant qu’à être de parfaites et méprisables bobos, vaut mieux s’assumer. À côté d’une excuse comme celle-là, les promenades sur les dalles en pierre de la Butte faisant toujours écho aux romantiques refrains de la vieille chanson française font bien pâle figure, me direz-vous.

Vous n’avez qu’en partie raison.

Car il y a de ces quartiers qui gardent leur essence pittoresque bien au-delà du défilé de touristes tels que nous qui y affluent en permanence. Reste qu’il faut savoir la trouver. Montmartre est un de ces quartiers là. Et en regardant tous ces peintres s’escrimer à immortaliser le passage de ces foutus touristes qui se haïssent tant entre eux puisqu’ils ne sont pas les seuls, on ne peut que conclure que cette vie entourée de copains, de jolies femmes exotiques et de chats errants, que cette vie d’artiste sans le sou mais toujours mort de rire, que cette vie-calque des mémoires d’autrefois, c’est toujours le même genre de chienne de vie que tous les Van Gogh, Toulouse-Lautrec et Picasso avaient déjà vécue et qui nous fait tant rêver. À tort ou à raison. Je vous le dis, nous avions mieux à faire que de pleurer sur les vestiges d’une défunte Bohème. Mieux à faire, c’était de la retrouver aujourd’hui, actualisée par le regard taquin de ce petit peintre qui donne du coude à son collègue en s’esclaffant: “Celle-là, elle vient du Québec, cette pauvre petite province victime des frasques de la mondialisation…”.

Le sommet de la Butte a donc gardé son caractère fondamental tel qu’on se l’imagine, même muté par les générations, et nous y revenons toujours, sans nécessairement le vouloir, tout au long de notre séjour. C’est peut-être en raison de notre bonne humeur, mais les touristes ne semblent pas nous gâcher la vie outre mesure et nous parvenons presque à les oublier. De notre auberge, nous gravissons tous les jours les marches de pierre, saluons la vieille statue de Dalida qui pleure le sang des graffitis laissés par des voyous peu courtois, tournons à droite une fois passé le célèbre Lapin agile, qui en a vu tant de cette fameuse Bohème. Tantôt nous entrons chez Eugène, celui de Brel, manger des moules frites. Tantôt nous attrapons sur le pouce une crêpe au chocolat avant de filer vers Montparnasse.

Au pied de la Butte, passé la Place des Abbesses, où subsiste ce charme mitigé qui marque si bien la frontière entre le haut et le bas de la célèbre colline, c’est une autre histoire. Devant le Moulin Rouge (ou ce qu’il en reste), une danseuse livide souffle insolemment une des plumes à son cou question de mieux se consacrer à cette dernière clope d’avant la représentation de 14 heures. Au même moment, la fumée du pot d’échappement du camion de livraison qui fournit le fast-food d’à côté contribue lui aussi à l’emboucanement général. Notre passage entre les légions de “sex-shops” suscite un canon de sifflements des vendeurs de kebab, soldats modernes de ce qui n’est plus qu’un boulevard de béton où les ordures pullulent.

Le Chat noir est fermé.

Nous nous pressons dans le triste métro. Question de ne pas passer tout à fait à côté de notre expérience touristique, nous prenons une pause sur les Champs pour satisfaire la requête starbuckienne de Marie-Josée. Ne vous indignez pas tant: finalement, il y a un certain charme à se promener dans les rues ensoleillées de Paris avec un “BIG American coffee” à la main, surtout quand ceux qui vous l’ont vendu sont aussi Parisiens que charmants.

Arrivées aux Invalides, nous constatons avec un mélange d’admiration et de désarroi le plus grand complexe d’infériorité jamais immortalisé, celui de Napoléon Bonaparte. Sa tombe est faite à la manière des poupées russes, elle est donc gigantesque comparé au corps qu’elle contient. Le style plutôt classe de son époque lui paraissant tout de même insuffisant, notre minuscule Empereur a cru bon de préserver la grandeur de son règne par une série de statues où l’on voit sa noble tête sertie d’une couronne de laurier, et d’entourer son cercueil loufoque par des rayons de soleil symbolisant sa muse, Louis XIV.

Après ce cher petit bonhomme, nous passons à l’oeuvre plus récente d’une autre des grandes folies meurtrières de l’histoire. Ce qui nous fascine le plus de cette revue en images de la Seconde Guerre mondiale, en dehors des traditionnels mais non moins bouleversants témoignages d’Auschwitz et de la photo d’Hitler devant la Tour Eiffel, ce sont toutes ces affiches de propagande militaire dignes des meilleurs bédéistes. Attention à mon coup de coeur: il existait même de la propagande alliée anti-propagande “boche”. Très fort.

Le Jardin du Luxembourg est un havre de paix pour les jeunes couples parisiens. Et notre ménage à trois dysfonctionnel y trouve bon compte. Du petit lac autour du Sénat au coucher de soleil s’éteignant sur les statues de pierre, nous captons une onde de paix avant de se faire rappeler à la réalité par le sifflet strident des gardiens nous enjoignant de quitter les lieux. Un rapide tour par Châtelet, haut lieu de shopping (Eh! On est des filles ou quoi?), afin de parfaire notre journée et nous sommes déjà en route vers le dernier film de Tim Burton.

Parenthèse cocasse à ce sujet: au générique, nous y allons de nos commentaires…

Shelsea: “That was way too gory for me!”

Marie-Josée: “At one point I wanted to leave and wait for you guys outside!”.

Les deux autres se retournent vers moi pour capter mon verdict, un ange passe…la larme à l’oeil, je réponds:

“I thought it was beautiful.”

Cris d’indignation…

Bouteilles de vin à la main, notre soirée s’achève sur la Fête nationale des Australiens et Marie-Josée qui croit opportun d’essayer le Vélib’ au beau milieu de la nuit. Paris, sur imitation du Vélo’v de Lyon selon des sources scientifiques, lui-même sur imitation de Rennes selon de fausses rumeurs colportées par des ignares, a fait installé plusieurs stations de vélos disponibles à chacun pour la modique somme de 1 euro. Vous n’avez qu’à le décrocher, faire votre bout de chemin, et le raccrocher à la station de votre choix. Gare à vous, cette idée fameuse fait son chemin vers Montréal…

Le lendemain se lève de nouveau sur Montmartre et nous découvrons une jolie légende. Un homme de bronze enclavé dans un mur de béton sous un pont à l’abri des regards attire pourtant le nôtre. Il s’agit du Passe-Muraille, d’après l’oeuvre de Marcel Aymé. Cet homme aurait eu selon la légende un pouvoir magique qui le rendait capable de passer à travers les murs. Coupable d’excès de cleptomanie, il fût emprisonné. Mais allez donc essayer d’enfermer dans une cellule un homme qui peut en sortir pour aller lui-même chercher son croissant et son grand crème le matin. Une fois définitivement évadé, il s’était rendu chez sa belle. Après une nuit d’amour, il avait pris le raccourci habituel en traversant le pont à sa façon, et y était resté. Son pouvoir s’était volatilisé. Depuis, de sa nouvelle prison de béton, il écoutait les airs de guitare joués la nuit par les peintres vagabonds et pensait à son amour perdu.

Jusqu’au jour où Marie-Josée passa par là et l’épousa. Mais c’est une autre histoire…

Il existe dans les lieux de culte quels qu’ils soient une atmosphère dense, lourde et infinie. De spiritualité. Étant moi-même athée d’héritage, je puis le dire sans implications controversées, paraît-il. Ces lieux-là sont inspirants, reposants. Leur atmosphère, un rien tragique, transcende encore une fois la présence humaine qui les visite.

La cathédrale de Notre-Dame de Paris est un de ces lieux. Immense pas seulement physiquement. J’y passe un long moment. Jusqu’à ce que l’organiste rajoute son grain de sel et que je me rue à l’extérieur, terrorisée.

J’y retrouve Shelsea aux côtés du grand Charlemagne. Elle me confie l’avoir épousé pour sa texture de granit, irrésistible il est vrai…

Cap sur le Quartier latin. Ironiquement, c’est un Grec qui nous y accueille au détour d’un dédale de ruelles piétonnes. À force de se faire siffler, le message subliminal est passé on dirait, et c’est goulûment que nous ingurgitons notre kebab. Comme dirait Shelsea, aujourd’hui, c’est notre “cheap day”. J’y retrouve Toto, un matelot grec d’origine ottomane. Je l’ai rencontré lorsque je dansais le cancan dans un cabaret de Provence, alors qu’il s’enfuyait du massacre des siens par les Turcs. Il m’avait lancé un poisson en plein visage, selon la tradition, avant de me réanimer et de me demander ma main. Vous connaissez la suite…

Je me prépare donc actuellement pour le mariage qui aura lieu à Flée à la fin de la semaine.

Mais non pas le mien! Mais celui du père, où je jouerai les témoins.

Dévoluy

janvier 23, 2008 par stephaniemartel

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C’est grand, c’est beau et ça n’a rien à voir avec les collines des Laurentides où il y a moitié moins de neige et où il fait tout de même -30 degrés Celsius pour finalement pas grand chose: Bienvenue dans les Alpes. Où j’aurais pu passer l’année si j’avais eu assez de jambes de secours.

Mais comme j’adore chialer quand même et qu’il n’y a aucun intérêt à vous vanter le paysage magnifique, la température de rêve et la poudreuse féerique de cette station du Dévoluy, continuons donc je vous prie dans ma lancée numérique, remplie de références historiques célèbres, avec les 7 plaies du surfeur (v.o.q: planchiste)*:

1. Le téléski: communément appelé le tire-fesse (v.o.q: t-bar). C’est le genre de machinerie saugrenue qui vous tue la cuisse d’appel bien avant d’arriver en haut. Évidemment les skieurs ne se rendent compte de rien; ni de la concentration que cela prend pour rester debout, ni de l’adresse que cela prend pour enfiler l’outil de profil. Car vous aurez remarqué que la planche à neige est un sport qui se pratique en conflit ouvert avec la position naturelle du corps humain. Maintenant imaginez un surfeur (je sais, mais faut bien prendre un peu de plis linguistiques, question de faire preuve de bonne volonté) sans sa planche et vous comprendrez mieux d’où les Emos sortent leur jeu de jambes lorsqu’ils dansent…mais c’est une autre histoire.

2. Le skieur expérimenté: communément appelé le “Bronzé”. Il porte du rouge flamboyant, pas de bonnet pour ne pas risquer de porter atteinte à sa coiffure systématiquement intacte et arbore fièrement une marque de raton laveur subtile due à une savante utilisation de la paire de lunettes Oakley juxtaposée à une fine couche de crème solaire. Il sourit beaucoup. Adepte de grands virages, il prend une place démesurée dans la file d’attente du télésiège, posant ses bâtons le plus loin possible vers l’avant et dans les jambes du surfeur afin de bien marquer son territoire. Bref, il se croit. Point.

3. Le skieur débutant: D’abord, il représente une menace pour ses pairs seulement par la façon dont il marche allègrement sur l’équipement de son prédécesseur dans la file du télésiège, rendant ce dernier particulièrement agressif. Par effet d’entraînement, il est donc responsable de nombreuses guerres civiles. Ensuite, alors que la relation entre skieur et surfeur expérimentés est réciproque puisque le premier râpe autant la neige du second que le contraire, un skieur débutant est beaucoup plus dangereux pour le surfeur que son équivalent, pour la simple et bonne raison qu’à l’opposé du surfeur débutant, il tient DEBOUT et est donc la proie idéale à deux phénomènes cataclysmiques:

- Le “Wi”: c’est un phénomène relevant d’une position très prisée des skieurs de moins de 14 ans qui se précipitent à toute vitesse et d’une seule traite du haut en bas de la piste. Les bâtons se retrouvent pointés en l’air en forme de V de façon apparemment désinvolte, les genoux pliés asymétriquement et le poids du corps vers l’arrière des fixations. L’équipement requis pour l’adoption d’une telle position est simple:

1) une tuque de lutin beaucoup trop longue;

2) une paire de jeans.

Vous aurez compris que le nom de ce phénomène est attribuable à l’onomatopée prononcée par celui qui l’expérimente: “Wiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii!”

Le phénomène prend généralement fin lorsque le “Wi” se mange un arbre en pleine face.

Et meurt.

Ben non…

- Le “Wo”: ce phénomène antinomique du “Wi” affecte les skieurs débutants plus âgés affichant un caractère supposément prudent. Il se manifeste par l’adoption de la position célèbre de la “pointe de tarte”, le sujet devant prendre soin pour l’occasion de revêtir un costume une-pièce le moins seyant possible, fluorescent, d’au moins 3 couleurs différentes (le rose, le mauve et le vert lime étant à privilégier). Le skieur doit ici s’assurer de prendre toute la largeur de la piste et de ne jamais, au grand jamais, regarder derrière lui.

Vous aurez compris que le nom de ce phénomène est attribuable à l’onomatopée prononcée par celui qui l’expérimente:

” Wo, wo, wo, wo, wo, wo, wo, wo, wo, etc.”

Le phénomène prend généralement fin lorsque le premier “Wo” en rencontre un deuxième. Il en résulte alors une explosion de poudre blanche aux conséquences généralement bénignes étant donné la vitesse moyenne de chaque partie lors de l’impact.

4. Le “edge”: Le surfeur a une relation complexe d’amour/haine avec le “edge”, c’est-à-dire toute extrémité aiguisée de sa planche, puisqu’il est autant responsable de son euphorie lorsqu’il arrive à “carver” que d’un phénomène très répandu qui consiste en ce qu’on appelle communément au Québec “pogner un ____”. En d’autres termes, il s’agit de l’expérimentation soudaine de l’attraction gravitationnelle lorsque le dit “edge” se coince brusquement (et en vertu de l’opinion de nombreux planchistes, sans raison apparente) dans la neige, provoquant un choc abrupt et précipitant la région thoracique du sujet directement sur le sol, pour le grand plaisir du “Bronzé”.

5. La glace: parce que, bon.

6. Le plat: ou “flat” en bon français. C’est l’endroit d’une piste de ski parallèle au niveau de la mer qui provoque un grognement sourd de la part du surfeur stoppé tristement dans son élan, la plupart du temps à moins de 5 mètres d’une nouvelle inclinaison. La vie de montagne est une agace. Celui-ci est alors tenté de se jeter à genoux et de crier toute sa rage le poing tendu vers le ciel. Au lieu de cela, il doit se résigner à se pencher vers ses fixations et libérer une botte pour pouvoir se propulser vers ladite inclinaison, alors que le “Bronzé” passe devant en lui tendant son bâton en guise d’aide, cela dit toujours trop tard. Il peut également choisir de sautiller vers l’inclinaison sans détacher ses fixations, adoptant ainsi une gestuelle et une expression faciale particulièrement dégradantes qui lui font perdre énormément d’énergie inutilement.

7. La perte d’équilibre: Je tiens à dire à la défense du surfeur que cela peut arriver à n’importe qui se déplaçant les deux pieds fixés sur un même objet, aussi talentueux soit-il. Malheureusement cela se produit inexorablement lorsque toute la file du télésiège se retourne malignement vers le surfeur, juste après son arrivée flamboyante que pourtant personne n’a remarquée. Cette fois, c’est la région lombaire du surfeur qui se retrouve précipitée vers le sol, toujours pour le grand plaisir du “Bronzé”.

Ceux qui n’ont rien compris se souviendront dès lors que la planche à neige est un sport dangereux qu’il faut à tout prix éviter. En plus, comme dirait la mère: “Les Alpes, c’est pas les Laurentides, y’a des crevasses. Et y’a des avalanches”. Risque particulièrement élevé la fin de semaine dernière justement. Pas vu. Mais je devais encore être dans la lune…

Pour les autres, en dehors de tous ces petits désagréments, vous aurez lu entre les lignes que les Alpes, c’est fantastique. Évidemment.

*v.o.q: version originale québécoise. Dans l’éventualité hautement hypothétique où on aurait nous aussi besoin de sous-titres pour les comprendre…

Dans le prochain épisode: une virée à Paris…

Lyon

janvier 21, 2008 par stephaniemartel

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Je sais, je sais. J’ai mis un temps fou. Mais je suis une jeune fille occupée. Et puis apprivoiser la faune française d’abord et celle des fameux “Science Po” ensuite, ça demande une grosse place dans l’emploi du temps. Offrons nous donc comme mise en bouche un récapitulatif en 14 points de ma première semaine à Lyon (que Wilson se retourne dans sa tombe).

1. Je suis tombée amoureuse d’un cracheur de feu de la place des Terreaux.

2. J’ai appris comment faire l’hélicoptère avec un stylo.

3. J’ai essayé en vain de faire prononcer “tupperware” comme du monde à ma coloc lyonnaise qui s’obstine à le dire à la française et me faire mourir de rire à chaque fois. Elle fait pareil quand j’appelle le radiateur “calorifère”.

4. J’ai fait les soldes en réussissant à me convaincre que c’était pour une question d’acculturation.

5. J’ai découvert par hasard derrière les restes d’un stade gallo-romain le “Jardin des curiosités”, offert par Montréal à Lyon en l’honneur d’un partenariat qui me permet d’entrer gratuitement dans tous les musées, piscines et patinoires de la ville, et réciproquement aux Lyonnais de visiter le Biodôme sans payer, gang de chanceux. Le “jardin” en question est un carré de pelouse de trois mètres par quatre meublé avec des chaises en étain disposées très aléatoirement. Heureusement, la vue sur la ville est magnifique. Évidemment les horticulteurs montréalais n’y sont pour rien.

6. J’ai sauvé le ficus de notre appartement d’une mort certaine par déshydratation et ai découvert qu’il se nommait Danielle et faisait une excellente mascotte. (Claude, Sébastien et Emmanuel comprendront que le dit ficus remplacera pour la durée de mon séjour ma chère violette, question que je ne tombe pas en dépression).

7. J’ai appris à danser le tectonique…NOT!

8. Je me suis presque pas perdue. En fait je m’étais pas perdue avant que Marie-Josée arrive et que je perde (c’est le cas de le dire) tous mes moyens.

9. J’ai mangé une adouillette sauce moutarde et j’ai aimé ça (la gastronomie lyonnaise étant constituée en majeure partie d’un paquet d’affaires que je considérais jusqu’alors impropre à la consommation). On est tombés sur ze mâchon* lyonnais, propriété de la célèbre Marie-Danielle, une espèce de matrone sexagénaire super intimidante qui fait le meilleur gratin dauphinois du monde (et très peu d’entre vous savent ce que me coûtera un tel commentaire). Son statut lui étant monté à la tête, elle nous a fait attendre 1 heure notre addition parce que trop occupée à abandonner son air naturel de grébiche pour draguer ses clients masculins, eux-mêmes trop occupés à passer des commentaires grivois sur leurs voisines québécoises pour répondre à ses avances mal déguisées.

10. Je me suis assommée sur une pancarte annonçant le Vieux Lyon parce que je regardais en l’air un semblant de tour Eiffel pas très jolie. Heureusement, Marie-Josée ayant une expérience toute spéciale avec les parcomètres de Montréal j’ai obtenu pour une fois plus de réconfort que de moquerie.

11. J’ai appris que le Canada était effectivement un pays bilingue où on parlait l’anglais et le canadien. Et c’est un Français qui l’a dit.

12. J’ai chanté à maintes reprises l’hymne de l’Olympique Lyonnais, qui jouait d’ailleurs contre l’équipe olympique chinoise de foot en fin de semaine (puisqu’il faut bien que je parle des Chinois d’une façon ou d’une autre, évidemment). Inutile de vous dire l’issue du match mais les joueurs chinois se sont bien gavés de Louis Vuitton avant de repartir finalement pas trop malheureux.

13. J’ai mis ma baguette sous mon bras sans m’en rendre compte en sortant d’une des 72 boulangeries au coin de la rue.

14. J’ai grelotté dans l’atrium de l’IEP pendant 15 minutes en compagnie d’Estoniens, de Norvégiens et de Canadiens qui comme moi se disaient que c’était bien cocasse que ce soit les représentants de pays nordiques qui se les gèlent en faisant les pingouins pendant que les Français avaient l’air de trouver la température tout à fait sympathique. C’est dans ce contexte climatique que j’ai prononcé le fatal mot “calorifère” pour la première fois depuis mon arrivée…

Et puis je suis partie dans les Alpes…

* mâchon: ou bouchon, le nom qu’on donne aux fameux petits restaurants typiquement lyonnais.